LA PRESSE

Nouvelles générales, mercredi 14 juin 1989, p. A4

Zonage agricole: autre cas de favoritisme à l'île Bizard? L'époux de Pauline Marois profite d'une décision d'un commissaire péquiste

Bernard, Florian

Le 30 juin 1988, la Commission de protection du territoire agricole du Québec, rendait une décision ayant pour conséquence de soustraire 456 hectares de la zone agricole permanente de l'île Bizard. Les terrains en question appartenaient principalement à trois actionnaires: le groupe immobilier Grilli Inc, M. Henri Walsh et M. Claude Blanchette, époux de l'ancienne ministre péquiste Pauline Marois.

Cette décision était rendue par deux membres de la Commission: le vice-président Me Louis A. Cormier, et le commissaire Léandre Dion. Durant des semaines, divers organismes - dont l'Union des producteurs agricoles et le comité d'Environnement de l'île Bizard - avaient tenté, en vain, de faire échec à cette modification de zonage.

Le commissaire qui a rendu la décision, M. Léandre Dion, a été président de l'Association péquiste de Saint-Hyacinthe de 1979 à 1984, soit durant une période de cinq ans.

Il a été nommé commissaire à la Commission de protection du territoire agricole le 25 septembre 1985 par un décret proposé par le ministre de l'Agriculture, M. Jean Garon, et signé par le greffier du conseil exécutif, M. Louis Bernard.

Durant les trois années subséquentes, soit en 1985, 1986 et 1987, M. Dion a contribué de façon régulière à la caisse électorale du Parti québécois du comté de Saint-Hyacinthe, comme en font foi les rapports financiers annuels déposés auprès du Directeur général des élections du Québec. Pour chacune de ses contributions, M. Dion a donné une adresse à Saint-Liboire, dans le comté de Saint-Hyacinthe.

La valeur des terrains soustraits de la zone agricole représentait, au moment de la décision de la Commission de protection du territoire agricole, quatre cents le pied carré. Elle est actuellement de $2 le pied carré. Lorsque les terrains en question seront dotés des services municipaux, la valeur au pied carré atteindra environ $4.50. La valeur globale des 456 hectares soustraits au zonage agricole atteindra alors $200 millions.

Cette évaluation a été faite par le comité d'Environnement de l'île Bizard. La présidente, Mme Nicole David-Strauss, est d'opinion qu'il s'agit d'une évaluation conservatrice. Tout récemment, le groupe Grilli a fait grimper de $5 millions à $30 millions le prix demandé pour une partie boisée que souhaite obtenir la Communauté urbaine de Montréal dans le but d'en faire un parc régional.

La semaine dernière, la firme Gendron, Lefebvre et Associés a déposé une étude, commandée par la municipalité, où l'on propose un vaste développement domiciliaire sur les terrains ayant profité d'une modification de zonage.

Décision maintenue

Le 1er octobre dernier, la Commission de protection du territoire agricole a maintenu sa décision de première instance de soustraire les terrains de MM. Grilli, Walsh et Blanchette de la zone agricole de l'île Bizard.

La Fédération de l'Union des producteurs agricoles des Laurentides et le syndicat de l'UPA-Laval, appuyés par le Comité d'Environnement de l'île Bizard, avaient réclamé une révision de la décision rendue en juin 1988 par les commissaires Léandre Dion et Louis A. Cormier.

Le président du syndicat de l'UPA-Laval, M. Gilles Lacroix, se demande ce qui a bien pu se passer pour que la Commission autorise le retrait de ces 456 hectares à la zone de protection agricole. Il a rappelé aux commissaires que la Commission avait déjà, en 1980, 1981 et 1986 (période au cours de laquelle le PQ était au pouvoir), refusé de modifier le zonage de ces terres et rejeté tous les arguments des promoteurs qui réclamaient l'exclusion.

L'UPA a fait la preuve que le secteur, contrairement aux déclarations faites en première instance, n'a jamais perdu sa vocation agricole. L'UPA a soumis une liste de neuf producteurs actifs, cultivant une superficie de 250 hectares. Certains d'entre eux vendent leur récolte au marché central de Montréa